Et si l’on arrêtait de parler de Community Manager ?

Chiche me diraient certains avec un sourire narquois.

Et pourtant, alors qu’il y a encore deux ans, le périmètre du métier apparaissait assez clairement, et les missions étaient globalement similaires. Aujourd’hui, la trendy-tornade est passée par là, et les Community Managers poussent comme des champignons sur des entreprises qui agrémentent à leur sauce le sporophore nouvellement engagé. Ajoutez à ça les cohortes d’experts minutes prêts à vous assurer que leurs 3 semaines de lectures font d’eux des sommités incontournables, et vous arriverez à une ratatouille où il est difficile de distinguer qui fait quoi, pour rester dans la métaphore culinaire.

Aussi, et pour en finir avec les digressions sur les connotations du terme de « manager » accolé à nos titres, si l’on essayait d’arrêter de parler de Community Manager, et que l’on mettait un peu d’ordre dans tout ça ?

Avertissement : ce qui suit n’a aucune autre valeur que celle de tenter de clarifier nos périmètres de postes, et de dissiper une partie du flou artistique entourant nos métiers et missions. Il s’agit d’une réflexion menée par et pour des « Community Managers », ni plus, ni moins.

Si l’on devait établir des catégories (totalement arbitraires, et pas du tout basées sur des expériences et des exemples outre atlantiques, rassurez vous) nous aurions par ordre de responsabilités :

  • Le type qui anime des communautés. Profil opérationnel, il s’occupe d’une ou plusieurs plateformes de contact (Twitter, facebook, une plateforme interne, etc.) et la fait vivre. Il dépend la plupart du temps du marketing ou de la communication, et vise à maîtriser le canal Internet en prenant des recettes qui fonctionnent par ailleurs, et en les appliquant sur la toile. La plupart des gens qui animent le blog d’une marque entrent également dans cette catégorie, en y ajoutant une touche de production de contenu. Le terme correct pourrait être « Animateur de Communautés »
  • Le type qui gère des communautés. Profil opérationnel confirmé, il s’agit de ce qui se rapproche le plus de l’ancienne acception du terme « Community Manager ». Celui-là sera chargé d’une majorité des relations de son organisation via Internet, chargé de porter les messages de la communauté en interne et inversement. Point de contact principal, il est chargé par son organisation de canaliser la communauté vers un but identifié. La confusion vient principalement du terme « manager » qui en anglais peut avoir un sens contraignant ou incitatif, alors qu’en français, le manager est la plupart du temps vu comme un élément de contrainte hiérarchique. En ce sens, il n’y a pas encore de traduction qui soit largement acceptée. L’employeur ancestral de CM en france a formalisé cela sous le terme de « Gestionnaire de Communautés » ce qui est pompeux, rigide, mais finalement assez proche de la réalité. Le bon mot reste à trouver.
  • Le type qui supervise les communautés. Profil décisionnaire, il s’agit de celui qui conçoit et propose la stratégie communautaire de son organisation en accord avec sa direction et les autres services. Lui sait (ou est sensé savoir …) pourquoi son organisation a choisi telle plateforme plutôt qu’une autre, et cible telle communauté pré-existante ou va en créer une. Les Anglais disent « Community Director » ce qui n’est pas trop mal, et que l’on peut transcrire assez bien par « Responsable Communautés »
  • Le type enfin, qui conçoit les communautés. Profil stratégique, il est celui vers qui on se tourne pour savoir quels leviers actionner dans un but précis, quel type de communauté choisir, et quels moyens y mettre. Régulièrement consultant, ce Community Strategist comme disent nos amis Ricains peut être internalisé dans le cas d’une entreprise ayant plusieurs problématiques communautaires différentes, et qui souhaiterait une vision et une stratégie évolutive d’ensemble. Stratège Communautaire serait approprié, mais particulièrement dur à porter. Je n’ai pas d’idée valable pour celui là non plus, à moins de rester dans l’anglicisme, qu’en dites vous ?

Cette classification est probablement imparfaite, et certains postes peuvent comporter des éléments entrant dans plusieurs catégories. Typiquement, le profil qui s’occupera des communautés dans une petite structure regroupera probablement les 2 premières, et un peu de la 3ème s’il a de l’expérience. Le but de tout ceci est d’apporter une modeste pierre à l’édifice de notre profession, de définir un cadre et un périmètre que les entreprises pourraient adopter pour préciser leurs recherches et leurs besoins.

PS1 : Désolé mesdames, j’ai écrit tout ceci au masculin en pensant à « profil ». Je ne vous oublie pas, et bien malin serait celui qui pourrait me taxer de misogynie, c’est pas le genre de la maison.

PS2 : A tous seigneurs tous honneurs, merci aux trois personnes qui m’ont donné envie d’écrire ce billet un peu plus long que la moyenne, Anthony Poncier après un petit échange il y a quelques mois, Lionel Fumado et Jean Baptiste Pennes.

A vous. Ce débat est le votre, ce débat concerne chacun d’entre nous.

31 Responses to “Et si l’on arrêtait de parler de Community Manager ?”

  1. @benoit
    2/Media social ?
    Je pense pas que ce soit limiter, le truc, tu peux avoir ton propre « média social » ou « outil conversationnel » ou « Livre d’or » sur ton site… Mais dire media social, çà ne veut pas forcément dire que seule facebook ou twitter existent ? (non ? ou alors j’ai rien compris. Comme souvent)

    ou réseaux sociaux… Comment on dit en chinois ? Stratège sur les réseaux sociaux… :( Non, çà va pas…)

    3/ Je préfère les anglicismes, 75% des jeunes adorent l’Anglais et les SMS. On peut faire çà en SMS aussi ?

  2. @david pires

    « Peut-être que les gens qui ont plus de recul sur la fonction pourraient partager leurs perspectives »

    Well, on pourrait aussi inviter des gens qui n’ont absolument aucune notion de ce que c’est, nous en parler, çà serait sûrement sympa et instructif. Et peut-être même amusant parfois.
    Mais on peut aussi de choisir d’éviter la figure du Manager 2.0 à mettre à toutes les sauces et s’en tenir aux responsabilités engagées par le dialogue avec les communautés online (et offline) via internet ?

    On peut profiter aussi d’avoir JB, Benoît, Lionel et Julien dans les comms, on va p’tet en profiter un peu, pour apprendre quelque chose ?

  3. C’est tout cela qui a motivé l’initiative d’un prochain Barcamp dédié aux Community Managers. J’espère que nous pourrons nous y retrouver (attention ! la date annoncée du 17 avril risque de se déplacer de quelques semaines…).
    Infos et inscriptions :
    http://barcamp.org/CommunityCampParis

  4. @luc

    En fait, je l’ai vu, mais c’est super coworking et télétravailla thématique ?

    « Coworking et gestion de communautés en ligne : nouveaux métiers, nouveaux modes de travail, présentiel versus télétravail et mobilité. »

    Je pense pas pouvoir vous apporter grand chose… A moins que je vienne essayer de vous convaincre des bienfaits du présentiel. :(

  5. Bonsoir,

    merci de me citer dans la conclusion de l’article (mêrme si j’aime bien l’intro sur la trendy tornade;-).

    Quelques remarques liées à ma propre expérience (ça vaut ce que ça vaut) :

    - Pour ma part le community strategist (ou web strategist comme disent les américains) est souvent synonyme du community director.

    - En fait le pb c’est que souvent ce ne sont pas les mêmes qui gèrent les communautés internes et externes (RH vs. marketing/com pour faire simple), même si ça change un peu avec la question de la marque employeur.

    - Les américains commencent à parler (on en est au tout début) de CCO (Chief Community Officer), pour la personne en charge de l’ensemble des communautés internes/externes (pas un mal quand on parle de E2.0 sensée faire disparaître les silos).

    - pour le 1er poste décrit, j’ai entendu parler 2 fois de manager des médias sociaux (en fait pour le distinguer clairement d’un community manager). Gérer une communauté de clients ou de parties prenantes ne revient pas à faire de la com sur des médias sociaux.

    Pour conclure, il y a quelques mois des « spécialistes » de l’entreprises 2.0 ont échangé pour savoir s’il fallait pas mieux trouver un autre nom que E2.0 (http://poncier.org/blog/?p=547). Peu importe le nom, ce qui intéresse les entreprises, c’est surtout ce que leurs apportent ces modes d’organisation et comment les intégrer à l’entreprise.

  6. Jean-Baptiste Pennes 15/03/2010

    Dis donc, on ne viendrait pas tous de faire du bullshit au passage ? :D
    Je suis disponible à partir de mercredi 24 pour en parler de vive voix ;)

  7. @ Anthony : C’est toi le premier qui m’a fait prendre conscience du sujet … Ou du moins du flou artistique lors de notre rencontre … Il fallait bien que je le mentionne :)

    Pour poursuivre, la diversité des postes et des missions montre bien que finalement « faire du communautaire » est bien plus un état d’esprit et une façon de faire qu’un poste réel et une mission précise. Raison de la diversité à mon avis.

    @ JB : Je ne trouve pas, au contraire, il y a pas mal de remontées d’expériences, il faut continuer et réussir à poser les bases de nos métiers & pratiques. Je pense que c’est à ce prix que le métier pourra évoluer et les zones de flou être comblées !

  8. Lionel 15/03/2010

    @JB bullshit ça dépends. il y a de ça oui si c’est juste des commentaires pour s’écouter parler.
    Open pour une causette le 24. (Ténardiers non acceptés)

    en résumé d’après ce que j’ai pu comprendre il y a déjà une différenciation bien avancée des métiers du community management outre atlantique.

    alors l’idée est-elle de se familiariser avec ces pratiques et utiliser les termes anglophones (sous entendu avant que ça arrive ici), ou d’inventer un jargon français qui correspond à notre réalité actuelle?

    en tout cas perso je suis toujours super intéressé de voir les expériences différentes de « CM » et leur intégration dans nos organisations.

    et pour élargir le débat, en terme de maturité usage « social media », j’entends souvent qu’il y a facilement 2-3 ans de décalage avec les US. exemple souvent cité les stratégies de marques sur facebook ou twitter.
    (et par extension notre beau métier)
    question: en france (et en europe) est-on juste « suiveur » ?

  9. Je ne suis pas disponible la semaine du 24. :(
    Sauf si vous allez tous à la soirée d’inauguration du Salon du pré-Kindle.

  10. Jean-Baptiste Pennes 25/03/2010

    @Lionel : c’est bien ce que je voulais dire, d’où ma proposition de se voir pour en parler ;)

    Jyv pas dispo cette semaine donc on se dit semaine prochaine ?
    A moins que tout cela tombe à l’eau, je ne vois aucun com’ depuis une semaine. Ça serait dommage de me donner raison !! Réagissez ;p

  1. [...] je vous conseille de lire l’article de Benoît Faverial : Et si l’on arrêtait de parler de Community Manager ? qui propose quelques profils de Community [...]

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